Un Nobel rouge et or

"Enfant, je jouais à être torero et mes cousines devaient faire le taureau. Aujourd´hui, ce serait intolérable pour les féministes mais, à l´époque,
c´était comme ça".

Mario Vargas Llosa n'a pas fait carrière dans les ruedos. Il n'est pas devenu non plus aviateur ou magicien car, oubliant ses rêves de gosse, il s'est mis à écrire. L'humanité y a gagné une œuvre immense, enfin couronnée, le 7 octobre dernier, du Prix Nobel de Littérature. L'Académie suédoise l'a récompensé "pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec".

Le prestigieux jury sait-il que son choix s'est porté sur un aficionado dont la passion est née dans les arènes de Cochabamba, la ville bolivienne où il a passé son enfance ? La presse hispanique a célébré l'événement et les pages taurines de plusieurs quotidiens ont congratulé, avec émotion, le fidèle abonné de Séville. Pressé de questions sur son œuvre mais aussi sur ses projets, Vargas Llosa n'écarte pas l'éventualité d'écrire sur la Fiesta, "une des sources les plus riches pour tous les arts". Cette déclaration vaut-elle promesse ?

La sévérité de son jugement sur Hemingway l'obligerait alors à "faire mieux" et le défi fait rêver ! Puiserait-t-il dans ses souvenirs les plus lointains : la découverte émerveillée de Luis Miguel Dominguín, les triomphes des frères Bienvenida ou d'Antonio Ordóñez ? Quelle place accorderait-il au Pharaon de Séville et à la dévotion de sa ville qui l'impressionne encore aujourd’hui ? Ce qui ne fait aucun doute, c'est que pour dire la peur et la violence, l'auteur de La Ville et les chiens tirerait le fil qui relie tous ses romans : le combat des hommes contre la force brute, quelle qu'en soit la forme.

Il déclarait récemment, au quotidien El País, que les abolitionnistes s'engageaient sur une voie dangereuse : reporter la violence inhérente à notre condition sur d'autres êtres et, pourquoi pas, sur notre prochain. Un propos sombre qui donne à penser... Bien loin de l'humour dont l'écrivain sait aussi faire preuve. En 2001, il fut convié à prononcer le célèbre pregón qui ouvre chaque année la feria de Séville. Apprenant la nouvelle, un de ses amis s'exclama : "Mais c'est plus important que le prix Nobel !". Et Vargas de répliquer : "Je le sais bien !". Son discours fut magnifique. Il exige une suite...

B.M.

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