José Pedro Prados El Fundi à La Querencia.

Photographie de José Pedro Prados El Fundi qui après la projection du film réalisé par Ch. J. sur les grand moments de sa temporada 2004, a répondu aux questions de la salle avec une rare sincérité et une grande gentillesse.

Apodo. "Beaucoup de familles espagnoles
utilisent des surnoms. Mes arrière-grands-
parents étaient déjà des Fundi, sans qu'on sache
ce que cela signifie. Mon frère - aujourd'hui
banderillero dans ma cuadrilla - l'a utilisé
quand il a commencé à toréer et moi,
j'étais alors El Fundi chico..."
Après la projection du film réalisé par Ch. J.
sur les grands moments de sa temporada 2004,
le Maestro a répondu aux questions de la salle
avec une rare sincérité et une grande gentillesse. Mots-clés.

 La temporada 2005

Elle se présente bien grâce aux bons résultats engrangés en 2004. Avant, je devais me battre pour entrer dans les cartels importants mais cette année, je sais déjà que je serai à Castellón, à Séville, à la San Isidro, à Nîmes et à Arles, à Vic, dans beaucoup de ferias importantes. Maintenant, c'est à moi de faire le nécessaire pour que tout aille bien. Robert Piles sera mon apoderado en 2005.

 Évolution

C'est vrai que j'ai toréé longtemps avec l'impétuosité de la jeunesse et dans le seul but de couper des oreilles. Je pratiquais un toreo rapide et violent face à des élevages durs qui exigeaient ce type de toreo. Puis la maturité et la technique venant, je crois que j'ai progressé et que je peux toréer de manière plus sereine, ce qui me plaît beaucoup plus.

Je souhaite toréer tous les styles d'élevages parce que je veux montrer au public, à l'afición, aux empresas et à la presse que je suis aussi capable de pratiquer un toreo artiste, largo, que je ne suis plus le même qu'il y a huit ans. Sans pour autant arrêter de toréer les corridas dures.

Encore faut-il s'entendre sur ce terme. Il y a des corridas dures qui imposent un toreo plus ou moins défensif mais d'autres, importantes, qui donnent de l'importance à celui qui les tue, comme celles de Victorino ou de Cuadri qui permettent le toreo que je porte en moi. Je suis plus heureux de ce que je fais aujourd'hui même si je ne rejette pas ce que je faisais avant.

Mais ce n'est pas une question d'âge. Même si, avec le temps, on se bonifie comme le vin, en acquérant du bouquet. A partir de la miurada d'Arles de 90, je me suis frayé un chemin dans cette profession avec des corridas de Palha, d'Isaias, des élevages terribles qui demandent beaucoup de force et d'afición mais je n'étais pas satisfait. J'ai réfléchi, approfondi mon afición et mon courage pour aller vers un toreo plus templé, plus pur, plus long et puissant à la fois. Je crois que je parviens maintenant à montrer toutes les facettes de mon toreo, à transformer la violence du toro en quelque chose d'harmonieux qui correspond à ce que je ressens.

 La peur

La peur est permanente chez les toreros, sous toutes ses formes : la responsabilité dans une corrida importante, la peur pour son intégrité physique. Mais sans la peur, nous ne saurions pas ce que nous faisons; c'est à partir de la peur que l'on exprime ce quelque chose qu'on a en soi.

 Miura

Ceux de 2005 sont-ils les mêmes que ceux de 1990 ? Difficile à dire d'autant que ceux de 2005 ne sont pas encore sortis… Ce qui est sûr, c'est que les Miuras sont différents de tous les autres toros. Ils sont plus forts, plus violents même s'ils ont évolué comme le toreo lui-même a évolué. J'espère que les Miuras de 2005 ressembleront à ceux de 2003, une excellente année.

 Stratégie

Il n'y a pas de moment-clé dans la lidia qui permettrait de définir ce que l'on va faire. Il faut observer le toro dès sa sortie et s'adapter en permanence à son comportement qui ne cesse d'évoluer. Un toro peut être bon à la cape tout en montrant les difficultés que sa charge présentera à la muleta. La lidia est un dialogue et il faut être à l'écoute, comprendre les questions que le toro pose et y répondre. Parfois, il permet un toreo plus détendu, parfois il exige davantage de courage. Parfois, toro et torero s'entendent bien, parfois non et il faut alors accepter la bagarre.

 Madrid

Photographie de l'afición parisienne.

Issue des quatre coins de l'afición parisienne, l'assemblée offrait une belle diversité !
A elle seule, elle exprimait l'unanimité
que suscite désormais El Fundi.
Un sentiment partagé qui balaie les vieilles
querelles et se moque des chapelles en isme.

Je voudrais montrer à l'afición de Madrid qui est El Fundi. Mais jusqu'ici, la pression a été trop forte, une véritable obsession. J'ai triomphé à Madrid mais je n'ai pas atteint le sommet que je souhaite, la tarde qui me permette d'être totalement a gusto, sans ce poids sur la poitrine que fait peser le besoin de couper à tout prix. Mes relations avec l'afición madrilène ont été difficiles, en particulier avec le tendido 7 mais le temps a passé. En fait, je veux pouvoir toréer à Madrid comme dans n'importe quelle autre arène. Après dix-sept ans d'alternative, ce triomphe ne serait plus aussi déterminant pour ma carrière mais cela m'apporterait le respect de toutes les autres empresas et, surtout, me comblerait vraiment !

 La langue bleue

La langue bleue va poser des problèmes aux ferias françaises et il faut espérer que les discussions en cours aboutiront. Je vais devoir toréer la corrida de Yonnet, la plus difficile de la féria. Face à cette course, je ferai le maximum, comme face à n'importe quelle autre, pour tirer le meilleur parti possible de mon expérience. Je n'ai pas changé au point de ne plus savoir faire comme avant quand il le faut !

 Banderiller

Photographie .

A La Querencia, El Fundi est chez lui !

Banderiller a toujours fait partie de ma conception du toreo, du toreo completo. Aujourd'hui,c'est vrai, cela m'apporte moins de satisfaction mais si je décidais d'arrêter, je crois que l'afición ne serait pas d'accord ! Je souhaiterais en fait pouvoir banderiller uniquement les toros qui me donneraient envie de le faire. Mais, pour le moment, je vais continuer.

 Campo

C'est là qu'on acquiert l'expérience et la technique indispensables. C'est aussi le lieu d'émotions particulières, intimes que je voudrais pouvoir partager avec les aficionados dans l'arène. Et toréer au campo permet aussi de recharger les batteries !

 Toreros

Je regarde beaucoup de vidéos et de films sur les toreros d'hier et d'aujourd'hui: Manzanares, Damaso González, Ojeda, Julio Robles, Capea, Curro Vázquez, Rafael de Paula qui, à la cape, m'impressionnait beaucoup à mes débuts et d'autres, moins connus, que j'aime énormément. Parmi les plus jeunes, Morante et El Cid. Je lis aussi car la tauromachie n'existe pas uniquement dans l'arène.

 La Quinta

Quand je suis sorti de la plaza de Vic, je savais que j'avais fait une bonne faena, j'étais content. J'avais fait ce qu'il fallait à ce toro qui était difficile au début de la lidia. Puis, au fur et à mesure du déroulement de la temporada, c'est devenu un événement: je ne pouvais pas croiser un aficionado ou un empresario français sans qu'il me parle du " toro de Vic " ! Une matinée professionnellement importante...


B. M. - Photographies : J. B.



 El Fundi en cinq dates

1966 : Naissance à Fuenlabrada, près de Madrid septembre
1983 : Première novillada piquée à Fuenlabrada, avec Joselito et El Bote,
ses compagnons d'étude à l'Ecole taurine de Madrid
22 septembre 1987 : Alternative à Villaviciosa de Odón (Madrid) avec Joselito (parrain) et El Bote (témoin), toros de Antonio Arribas Ovation à la mort d'Enviado, le toro de la cérémonie San Isidro
1988 : Confirmation avec Joselito et El Bote, toros de Antonio Arribas
1994 : Neuf corridas de Miura, vingt oreilles, une queue

 El Fundi et la France, quelques repères

Juillet 1981 Mont-de-Marsan : Novillada sans picadors Juin
1984 Stes-Maries-de-la-Mer : Novillada de José Luis Cobaleda avec Joselito et El Bote
29 octobre 1989 Arles : Présentation comme matador de toros, corrida de Yonnet avec Richard Milian et José Antonio Carretero
1990 Feria pascale d'Arles : Corrida de Miura, 3 oreilles
1990 - 1994 : Cinq sorties consécutives en triomphe de la miurada arlésienne
2003 : Prix Claude Popelin
2004 : Triomphes à Nîmes, Vic-Fezensac, Aire-sur-Adour, Céret, Fréjus, Mont-de-Marsan, Dax, Béziers, Bayonne face aux toros de Miura, La Quinta, Victorino Martín, Cebada Gago, Adolfo Martín, Palha,...

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