Bilan de la temporada 2004
Comme un rayon de soleil au milieu de l'orage.

Il en est des pronostics taurins comme des prévisions météorologiques : les uns et les autres laissent
une large part à l'aléa. La temporada 2004 en constitue une nouvelle preuve. Longtemps incertaine,
peinant à trouver son souffle, la saison 2003 s'était achevée mieux qu'elle n'avait commencé.
El Juli conservait sa place de "numéro un", tandis que les noms de Morante de la Puebla,
de Javier Conde ou même de Juan Diego fondaient tous les espoirs de l'aficion pour l'avenir.
Las ! Sur le sable de l'arène, les choses ne se passent pas comme à la tertulia; et 2004 a apporté
un lot de surprises, qui, au final, en ont fait certainement l'une des toutes meilleures saisons
de ces cinq à dix dernières années. Un peu comme un rayon de soleil au milieu de l'orage.

 UN CONTRASTE

Car à la différence de celle qui l'a précédée, l'année 2004 n'a en rien été une saison de demi-teintes. Elle a, tout au contraire, été marquée par un contraste net entre d'une part ces bonnes surprises dont on vient de parler, et à qui l'on doit, en termes strictement taurins, nombre de moments intéressants ou agréables, quand ce n'était pas les deux à la fois, et d'autre part un environnement de plus en plus hostile à la tauromachie.

Les corridas de l'année 2004 se sont déroulées dans un contexte anti-taurin d'une ampleur sans précédent. Si l'on hésite à parler de paroxysme, c'est parce qu'il y a lieu de craindre, hélas, que ce ne soit que le début d'une offensive désormais généralisée; et c'est en soi un signe des temps que de devoir faire, dans une chronique consacrée aux événements de l'année, une place aussi large à ce problème.

 SURENCHERES EN CATALOGNE

Cest au premier chef de Catalogne que sont venues les nouvelles les plus inquiétantes. Après une nouvelle offensive destinée à interdire l'accès des arènes catalanes aux mineurs de 14 ans (une première tentative avait été jugée contraire à la constitution espagnole), les anti-taurins catalans ont frappé un grand coup en parvenant à faire voter par la municipalité de Barcelone une motion déclarant la ville comtale opposée (" contraria ") à la tauromachie.

On ne reviendra pas ici sur les paradoxes d'une telle motion : non seulement, en effet, Barcelone est l'héritière d'une longue et prestigieuse tradition taurine, mais, de surcroît, les autorités municipales n'ont en Catalogne aucune compétence juridique pour interdire, non plus du reste que pour approuver, l'activité tauromachique. La motion n'a d'ailleurs pas entravé le déroulement normal de la saison à la Monumental barcelonaise. Il n'empêche : les milieux taurins ont eu beau réagir, lançant notamment une campagne de pétitions qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de signatures dans le monde entier, certains élus ont eu beau prendre leur distance, la riposte a été molle, et le tremblement de terre de Barcelone a été suivi de nombreuses répliques, notamment à Tarragone, Gérone, Olot, Lloret de Mar, jusque dans des municipalités où il n'y a jamais eu de corrida !

Photographie d'un toro au campo, chez Rocío de la Cámara, près de Séville, à l'été 2004.

Au campo, chez Rocío de la Cámara, près
de Séville, été 2004. (Photographie : M.B.)

Il en a résulté une série d'affaires lamentables, qui ont défrayé la chronique tout au long de l'été. Ainsi à Tarragone, où le délégué du gouvernement espagnol a dû menacer de faire fermer les arènes pour faire respecter la prohibition des mineurs de 14 ans ; à Gérone, où le 15 août un cordon policier a été mis en place autour des arènes pour contrôler là encore l'âge des spectateurs, mais à la sortie de la corrida, le paiement par l'organisateur d'une amende étant bien sûr de nature à calmer les scrupules des protecteurs des consciences enfantines.

Au mois de novembre, l'affaire est revenue sur le terrain politique, le Parlement catalan étant saisi d'une proposition de loi interdisant purement et simplement la mise à mort sur le territoire de la région. La proposition est en débat, et l'on ne se hasardera pas à faire de pronostics sur l'issue quand l'on aura dit qu'il serait désormais également question en Catalogne d'étendre la prohibition d'accès des mineurs de 14 ans aux... cirques !

 DE BIEN ETRANGES LUCARNES

La télévision a constitué un autre front chaud du combat des anti-taurins en 2004.

Tout a démarré lorsque TVE, la télévision nationale espagnole, a annoncé, au début de l'été, l'arrêt des retransmissions de corridas en direct sur ses antennes, officiellement pour des raisons économiques (priorité aux Jeux Olympiques d'Athènes). Sous la pression du gouvernement, TVE a reculé.

La gauche républicaine catalane, celle-là même qui s'était distinguée par la motion barcelonaise et le projet de loi d'interdiction de la mise à mort, a cependant porté l'affaire devant le parlement espagnol (de Madrid), afin d'essayer de faire interdire la tauromachie à la télévision entre 18 et 23 heures, c'est-à-dire aux heures où certes beaucoup d'enfants regardent la télévision, mais qui précisément sont celles de la corrida. Le 20 octobre, la commission parlementaire de contrôle de TVE a rejeté cette proposition, mais elle a imposé aux chaînes d'assortir les retransmissions d'un avertissement aux parents pour leur signaler des images qui ne doivent pas être vues par des enfants de moins de 13 ans. Le 15 décembre enfin, la même commission a imposé à TVE de programmer sur l'une de ses chaînes des émissions enfantines aux heures où une autre de ses autres chaînes diffusera une corrida.

Voilà donc la corrida traitée de la même manière que la grande violence ou la pornographie par la télévision du pays qui l'a vue naître...

 LA LANGUE BLEUE

Il ne manquait plus, dans ce paysage de désolation, qu'un péril sanitaire ; il n'aura pas fait défaut, sous la forme de la maladie dite " de la langue bleue ", détectée sur une vache laitière, près de Cadix. A la différence de la maladie " de la vache folle ", il n'y a en principe pas de danger pour l'Homme, mais en revanche le péril de contagion est extrême pour les ovins et caprins. D'où des mesures drastiques d'immobilisation du bétail contaminé ou susceptible de l'être.

Les toros de combat n'ont pas échappé à ces mesures, et les ultimes ferias de la saison en ont été fortement perturbées : ainsi celle de Jaén qui a dû remplacer au dernier moment trois des lots annoncés. Mais les perturbations pourraient être plus fortes encore la saison prochaine : ainsi Luc Jalabert a d'ores et déjà annoncé que pas moins de 80 % des ganaderias affichées en France en 2004 seraient empêchées de revenir, si les mesures d'immobilisation étaient prolongées. A ce jour (10 décembre 2004), la situation reste des plus confuses, les autorités sanitaires soufflant régulièrement le chaud et le froid et les milieux taurins s'en tenant à une prudente expectative. Une nouvelle fois, l'attente de la saison future est marquée du sceau de l'inquiétude.

 ET AILLEURS...

Que l'Espagne même soit désormais l'épicentre du problème anti-taurin est déjà révélateur en soi. Inutile de dire qu'ailleurs, les adversaires de la corrida ne demeurent pas en reste.

En Grande-Bretagne, par exemple, où le débat animé qui a entouré l'interdiction de la chasse à courre n'a pas manqué d'avoir des répercussions taurines, des parlementaires britanniques ayant annoncé à cette occasion d'intenter devant la justice européenne des actions contre l'Espagne afin d'obtenir l'interdiction des corridas. Ou même en Israël, où le responsable d'un parti religieux ultra-orthodoxe a déclaré que les corridas étaient une " pratique barbare " que devraient éviter les Juifs.

Et en France même. Sans parler seulement de l'attentat mystérieux dirigé à l'aube du 12 octobre contre la maison de Simon Casas près de Nîmes, un pas a été franchi à Alès le 22 mai, lorsque des militants anti-corrida se sont enchaînés en piste juste avant le début de la corrida, retardant le paseo. En novembre, c'est l'inspectrice d'académie des Landes qui a refusé aux établissements de Saint-Sever de s'associer, au travers d'activités pédagogiques, aux semaines taurines et culturelles de la ville ; après une forte réaction des élus et des milieux taurins, des engagements ont été pris pour 2005. Mais à quand et où la prochaine tentative ?

 SORTIR DE L'AMBIGÜITE

On le voit bien, toutes ces affaires, d'Espagne ou d'ailleurs, ont un point commun : les anti-taurins y sont toujours à l'initiative et l'aficion, elle, est réduite à se défendre comme elle le peut sur un terrain qu'elle n'a pas choisi. Le péril est extrême si la tendance n'est pas inversée. Rares, très rares même, sont les personnages publics qui prennent clairement position sur la tauromachie. Pour heureuse qu'elle soit, la présence à une barrera de la San Isidro du couple royal de l'année n'est pas de nature, à elle seule, à accréditer l'idée d'un fort engagement de la société moderne en faveur de la corrida ; la création en France d'un groupe de réflexion des parlementaires concernés est une initiative à soutenir, mais on voit bien qu'elle n'a pas réussi à sauver le lundi de Pentecôte. L'élaboration de règlements taurins provinciaux, qui tend à se généraliser en Espagne, n'est pas une mauvaise chose en soi, à condition cependant de ne pas corseter l'activité taurine dans un carcan de règles qui finiraient par l'étouffer. Plus que jamais, la mobilisation des aficionados, au travers en particulier de leurs clubs et sociétés, et la responsabilité des professionnels, qui doivent tous se mobiliser pour donner de la fiesta brava l'image la plus positive, sont nécessaires.

 UN JEU PLUS OUVERT

Photographie du public d'une corrida attentif et respectueux.

Attentif et respectueux, le public de la corrida
tel qu'en lui-même... (Photographie : M.B.)

Mais il est grand temps d'en venir enfin à ce qui s'est passé dans l'arène. Et là, on s'est trouvé face à une configuration particulière, qui a rendu cette saison 2004 différente des précédentes : elle n'a vu, en effet, aucun torero, ou aucun groupe de toreros, prendre nettement l'avantage et monopoliser à ce point l'attention des professionnels, du public et des médias spécialisés que l'on ait pu avoir l'impression que rien n'existait en dehors.

Certains esprits chagrins pourraient se demander, au regard des développements qui précèdent, si cette absence de porte-drapeau incontestable de la tauromachie est une bonne chose pour la tauromachie dans les temps troublés qu'elle traverse. Mais il est indéniable qu'en s'ouvrant, en permettant à davantage de personnalités de se faire jour, de s'exprimer, le jeu a révélé l'incroyable richesse du paysage tauromachique du moment, pour peu que l'on veuille sortir des sentiers battus. Une découverte pour le grand public, cette richesse, en fait, est une force. Et quel agrément pour l'aficionado, de ne plus avoir à se demander qui va être le " numéro un " de la temporada, et d'ouvrir simplement les yeux pour découvrir de nouveaux plaisirs !

 L'ECLIPSE DES " FIGURAS "

Cette situation a été rendue possible par le fait que les toreros qui, a priori, devaient occuper le devant de la scène ont été empêchés de le faire, ou bien l'ont fait dans des conditions telles que cela n'a pas fait écran à ce qui se passait derrière.

Cela a d'abord été le cas des deux " superstars ". Deux ans à peine après la blessure qui l'avait conduit aux portes de la mort à León, Enrique Ponce est à nouveau grièvement blessé à Alicante le 22 juin, et ne pourra reparaître que le 17 août à Malaga ; une saison de 60 corridas seulement, donc, pour celui qui en a toréé plus de 100 dix années de suite, beaucoup de grands succès, un public fidèle, une technique qui laisse progressivement place à la sérénité, du grand art pour un maître qui n'a plus rien à prouver et qui laisse tranquillement circuler les premières rumeurs de retraite.

La situation d'El Juli, elle, est différente : il est là depuis si longtemps, et si haut, que l'on a peine à croire qu'il ne soit encore qu'au début de sa trajectoire. Le gamin boulimique de triomphes raccroche les banderilles et laisse progressivement la place à un torero classique, ce qui ne laisse pas d'étonner un public que les étiquettes collées une bonne fois pour toutes rassure. El Juli va-t-il, dans les années qui viennent, prendre place entre Joselito et Belmonte, comme l'a prédit un chroniqueur espagnol ? Peut-être, mais pour le moment, il se cherche encore.

Photographie du torero El Fandi à Séville le 30 avril 2004 devant un toro de Gavira.

El Fandi à Séville le 30 avril devant un toro
de Gavira. (Photographie : F.D.M.)

Autour d'eux, c'est ou bien la grisaille (César Jiménez, pourtant premier de l'escalafon avec 103 corridas mais décidément peu de personnalité, à nos yeux en tout cas ; Javier Conde qui n'a pas, loin s'en faut, tenu les promesses de l'an passé et a eu du mal à terminer une saison certainement trop lourde pour lui avec 82 corridas, dont de nombreux fiascos que l'on ne peut pas toujours imputer à son prétendu tempérament d'artiste; Finito de Cordoba, toujours là, mais qui, à tort ou à raison, n'intéresse plus grand monde; Ferrera, ci-devant prétendant à la couronne, et déjà presque oublié ; Puerto, relégué à la trente-quatrième place de l'escalafon), ou bien l'abandon pur et simple : ainsi Morante de la Puebla, que de graves problèmes personnels ont forcé à abandonner après seulement 9 corridas (dont un " seul contre six " à Madrid le dimanche de Pâques) alors qu'il en avait signé plus de 60, ou Manuel Caballero, qui s'est retiré le 17 septembre à Albacete, après avoir toréé treize ans.

El Fandi est un cas à part : avec 97 corridas et 195 oreilles, il a terminé une saison importante, qui a confirmé ce que l'on pressentait déjà, à savoir qu'il est sans doute le plus grand banderillero de tous les temps. Ce n'est certes pas rien ; mais cela suffit-il à le hisser au rang des maîtres ?

 NOUVELLES VEDETTES, GRANDS ESPOIRS

Derrière, c'est l'affluence. Qu'il s'agisse de valeurs reconnues, comme Juan José Padilla, dont beaucoup pourraient envier la capacité à se mettre le public dans la poche, ou comme Luis Miguel Encabo, qui a chèrement payé de se maintenir à cette place en 2004, ou encore, dans un autre genre, Uceda Leal, dont la France commence enfin à s'apercevoir de l'intérêt. Ou de valeurs montantes, au premier rang desquelles il faut assurément placer Salvador Vega, qu'une saison jalonnée de triomphes a suffi à rapprocher des portes de la gloire ; ce sera l'homme à suivre en 2005.

Mais aussi : Luis Vilchès, révélation de Séville, coup de cœur de Madrid et de Pampelune, ce qui n'est pas si mal ; Curro Diaz, qui arrive enfin à briser le mur d'indifférence qui étouffait ses succès madrilènes ; et Fernando Cepeda, la révélation de l'année, répété trois fois à Madrid entre juillet et octobre, qui avec 18 corridas a toréé davantage qu'au cours d'aucune de ses saisons précédentes.

 TROIS TOREROS AU ZENITH

Photographie du torero El Cid à Nîmes le 19 septembre 2004 devant un toro de Victorino Martín.

El Cid à Nîmes le 19 septembre devant un toro
de Victorino Martín. (Photographie : F.D.M.)

La liste pourrait être allongée, s'il ne fallait parler des trois toreros qui ont le plus marqué cette année 2004.

César Rincon. A tout seigneur tout honneur, et comment pourrait-il en être autrement ? Une saison à peine plus chargée que l'an dernier (35 corridas contre 29), mais cette fois dans les plus grandes arènes, avec des triomphes retentissants à Séville, Madrid, Nîmes notamment. Il n'a toréé nulle part autrement qu'en grand maître : son sens inné des terrains, du placement, du rythme, ces cites de loin, souvent imités mais jamais égalés, son élégance naturelle, on ne sait qu'admirer davantage, c'est une leçon continue mais c'est aussi un bonheur permanent.

El Cid. Quelle joie de le trouver enfin là, lui ! 47 corridas ont suffi à en faire le triomphateur de la saison, et ses succès auraient pu être plus retentissants, si l'épée, qu'il a pourtant beaucoup améliorée, ne l'avait pas trahi parfois. Sur ces 47 corridas, 13 de Victorino Martin, et plusieurs autres de ces élevages qu'en principe, l'on ne torée pas pour devenir une vedette : et cela aussi doit aider à mesurer le chemin parcouru par ce garçon qui n'a sûrement pas dit son dernier mot, s'il continue à toréer avec autant de poésie.

 2004, L'ANNÉE DU FUNDI

Photographie du torero El Fundi à Bilbao.

El Fundi, patio de caballos, Bilbao. (Photographie : M.B.)

C'est tout de même devant El Fundi que l'on s'inclinera le plus profondément, car cette année, c'est avant tout la sienne. 28 corridas, dont 17 en France ; ce madrilène, pur produit de l'école taurine, n'est pas prophète en son pays. Les clameurs qu'il a suscitées dans nos arènes tout au long de l'été ont fini par être entendues de l'autre côté des Pyrénées : le voilà qui débute à Logroño, à Saragosse, après plus de quinze ans d'alternative. Son nom est dans tous les esprits pour les grandes ferias de l'an prochain : ses qualités de chef de lidia, de banderillero, appréciées par nous de longue date, y feront certainement merveille ; mais son toreo de cape et de muleta aussi.

Car en nous montrant, une matinée pluvieuse de Pentecôte à Vic (de tels miracles ne peuvent avoir lieu que là), comment enchaîner des passes liées et templées à un toro de La Quinta qui avait pris quatre vraies grandes piques, il n'a pas seulement inscrit à son actif ce qui sera certainement le plus beau souvenir taurin de la saison. Il a réalisé un exploit de dimension proprement historique, en renversant allègrement plusieurs des idées reçues qui gouvernent la tauromachie contemporaine ; mais, s'il est permis, l'on y reviendra...

 UN PEU EN VRAC...

L'on passera bien vite, en revanche, sur l'année des toreros français, qui ne fut pas très brillante dans l'ensemble, même pour Sébastien Castella, qui, malgré ses 42 corridas et des succès plus que notables (Nîmes, Santander, Logroño,...), peine à concrétiser ses ambitions répétées de figura. L'avenir est plus qu'incertain, et Juan Bautista n'est pas dépourvu de courage de tenter son retour dans ce contexte. Signalons, au titre de l'anecdote, l'alternative, à Mauguio, le 6 juin, d'El Andaluz, qui est devenu à 50 ans le quarante-cinquième matador français de l'Histoire.

Pas grand chose à dire, de nouveau tout au moins, du côté des toros. Miura, Victorino Martin sont restés égaux à eux-mêmes (avec quelques irrégularités cependant, le second, mais il vend sans doute trop de lots désormais). Une mention particulière pour La Quinta (le toro de Vic, bien sûr, et certaines novilladas, pas le lot honteux de Saint-Vincent de Tyrosse), pour Cebada Gago, qui, à Arles notamment, mais aussi à Vic et à Pampelune, s'est distingué par sa violence, et enfin pour Fuente Ymbro, l'élevage qui monte, et dont un toro et deux novillos ont été grâciés cette année.

Dans la rubrique nécrologique, il faut en particulier saluer la mémoire des ganaderos Cyrille Colombeau et Joaquin Buendia, qui avait acheté en 1932 l'élevage du marquis de Santa Coloma ; et également celle du torero mexicain Antonio Lomelin, retiré en 1996, dont on retiendra qu'il avait toréé le 22 mai 1971 à Madrid la première corrida d'un élevage mexicain.

Et enfin, au titre du bêtisier, célébrons le succès du matador Canales Rivera dans une émission de télé - réalité, ce qui lui valut un tel regain de popularité, qu'il a fini la saison seizième de l'escalafon avec 50 corridas.

Et marquons d'une pierre blanche la date du 23 octobre 2004, à laquelle a eu lieu la première corrida organisée ... en Chine. C'était à Shanghai, sans mise à mort, avec des toros mexicains, et le succès fut tel que d'autres projets pourraient suivre : quand l'Espagne taurine s'endormira, la Chine s'éveillera peut-être...

 À SUIVRE L'AN PROCHAIN

L'intervalle entre les saisons devenant de plus en plus court, les premières affiches de la temporada 2005 commenceront à être publiées quand le lecteur lira ces lignes. Leur auteur serait trop heureux si elles pouvaient constituer une sorte de guide pour l'inciter à suivre, au-delà des événements ponctuels, les évolutions profondes qui structurent la vie taurine.

A toutes celles qui ont déjà été mentionnées, il faut, pour conclure, en ajouter deux. La première a trait à l'évolution du nombre des corridas, qui n'avait cessé d'augmenter au cours des années précédentes ; or, pour la première fois depuis longtemps, le nombre de " spectacles taurins " a régressé en 2004, passant de 2047 à 1949. Il faudra voir si cette tendance se poursuit : de plus en plus de voix s'élèvent en effet des deux côtés des Pyrénées pour dénoncer l'augmentation excessive du nombre de corridas et réclamer le retour à plus de mesure.

La pause de 2004 marquera-t-elle donc un point d'inflexion dans ce qui paraissait jusqu'alors une courbe inexorable ?

Le second élément auquel il conviendra d'être attentif est le changement de direction des arènes de Madrid, les frères Lozano ayant choisi de se retirer au terme de 15 années de gestion qui leur ont permis d'organiser rien moins que 674 corridas formelles, 340 novilladas et 59 corridas équestres. Ce changement est important car la première plaza du monde donnait, ces derniers temps, des signes d'essoufflement : si elle regagne en dynamisme et en rayonnement, cela peut être utile à l'aficion tout entière, compte tenu du rôle que conserve Madrid dans la vie taurine.

A l'année prochaine donc, si Dieu le veut et si la langue bleue ne l'interdit pas...


Paris, le 15 décembre 2004 - Ph. B.


 Les 21 derniers indultos en France

 Dates  Élevage  Toros  Toreros  Plaza  Spectacle  Annotations
 11/11/1986  Marcellines
Escudero Colio
 MORLAVERO  Juan VILLANUEVA  SAINT-SEVER  Sans picador
festival
 Piqué après la
faena avec les palos
 08/11/1987  Jean Charles
PUSSACQ
 CAMPESINO  EL PIRRI  POUILLON  Sans picador  X
 07/1988  Roland DURAND
Manolo Gonzales
 GONZALO  Sergio SANCHEZ  GARLIN  Novillada  1 pique
 19/02/1989  SEPULVEDA  JAQUERITO  José Marí
MANZAN2ARES
 SAMADET  Festival  1 pique
 02/04/1989  François ANDRE  JABONERO  Angel LERIA  MEJANES  Novillada piquée  X
 20/05/1991  GUARDIOLA
DOMINGUEZ
 PELEON  Manuel MONTOYA  NIMES  Novillada  2 picotazos
 07/1992  Alain TARDIEU  YANITO  YANITO  ARLES  Sans picador  Le toro
s'appelait BiscoX
 11/1992  JANDILLA  AFLIGIDO  Damaso GONZALEZ  NIMES  Festival  1 picotazo
 14/08/1998  MARGE
(Cebada Gago)
 ESCANDALITO II  Julien LESCARRET  BEZIERS  Novillada
non piquée
 X
 02/1999  YERBABUENA  TANGUISTO  Jean-Baptiste
JALABERT
 NIMES  Novillada  3 piques
 21/08/1999  François ANDRE  516  Lima de ESTEPONA  St LAURENT
D'AIGOUZE
 Premier indulto
en corrida
 1 pique
 08/06/2001  VICTORIANO DEL RIO  DESCARADO  Enrique PONCE  NIMES  Corrida  2 piques
 08/09/2001  ZALDUENDO  INVINCIBLE  EL JULI  ARLES  Corrida  1 picotazo
1 égratignure
 21/07/2002  Hubert YONNET  PESCALUNO  Emilio LASERNA  LUNEL  Novillada  4 piques
 22/06/2003  CEBADA GAGO  CASTILLERITO  Pepín LIRIA  ISTRES  Corrida  1 pique
1 picotazo
 25/04/2004  FUENTE YMBRO  IDEALISTA  Fernando CRUZ  GARLIN  Novillada  2 piques
 30/05/2004  Juan Pedro
DOMECQ
 CLAVELINO  Raul MARTIN  GRAU du ROI  Sans picador  X
 11/07/2004  PALHA  COXICO  Stephane
Fernandez MECA
 FREJUS  Corrida  3 piques
 22/08/2004  MARGE  ESCANDALITO III  Julien MILETTO  St GILLES  Corrida  1 pique
 02/10/2004  FARE et VENANT  SERENO  Jean Louis
HAILLET
 GENERAC  Becerrada  X